Regards

L’espace des imaginaires, pour une architecture de l’invisible

Par Jacques Lombard

La ville, dès ses débuts, n’était-elle pas une première utopie, une première vision du monde, celle des monarques, des sultans, des maharajahs, des marchands mais aussi des tyrans, des despotes, des satrapes et des oppresseurs quand l’un ne se confond pas avec l’autre ? De Mari, l’antique cité sumérienne au bord de l’Euphrate au Welthauptsadt, le « Nouveau Berlin » de Hitler resté inachevé ou plus récemment à la Casa poporului, « la maison du peuple », édifiée par Ceausescu et digne du « Château » de Kafka, en passant par Pienza en Toscane, manière de bibelot pour un pape, on comprend que la ville est une mise en ordre de ses habitants dans le double jeu des échanges et de la déclinaison des formes symboliques du pouvoir. La cité témoigne ainsi de cette utopie, l’inscription dans l’espace d’un idéal de la vie en société, au fondement de l’idée de « bonheur », du bien vivre indispensable aux hommes, dessinée en quelque sorte à leur corps défendant et pour la plus grande gloire de son inventeur. Texte intégral

Vive le Parti communiste chinois !

Par Jacques Lombard

La salle de réunion était plongée dans le noir, on ne distinguait que les éléments projetés sur l’écran blanc laiteux et nacré qui réfléchissait les lucioles voletant en tourbillons, autour de l’éclairage des ordinateurs portables des participants. L’horloge administrative sur le mur indiquait IIH30, encore une demi-heure de réunion pensa-t-il. Philippe luttait sans grand succès contre le sommeil, évitant de balancer la tête dans ce lourd mouvement interrompu de temps à autre par une brusque saccade et qui aurait alors révélé son assoupissement. Il savait pourtant que ce séminaire consacré à une réflexion générale sur les différentes techniques informatiques de la reconnaissance faciale, ainsi que sur leurs conditions d’utilisation était de la plus haute importance, à tel point qu’il avait eu beaucoup de mal à trouver le sommeil et en avait profité pour relire « Une chambre à soi » de Virginia Woolf, qu’il venait d’acheter pour l’offrir à sa fille aînée à l’occasion de ses seize ans. Texte intégral

Camus, la planète et la liberté d’agir

Par Iris Alter

LA PESTE d‘Albert Camus publié en 1947 à vécu une renaissance inattendue depuis la pandémie du Covid 19. Camus y décortique les réactions de l’individu et de la collectivité face à la peur et au désespoir que la peste entraîne : la lutte, l’engagement, héroïsme du quotidien, la réinvention de l’amour, la quête de la condition humaine, mais aussi l’absurdité et les côtés noirs de profiteurs de la misère. Une histoire qui nous paraissait loin de notre réalité il y a seulement peu de temps a soudainement une actualité mordante. Texte intégral

Une cabane de fortune

Par Jacques Lombard

Jean-Paul frigorifié par ces longues heures passées à filtrer les automobilistes au rond-point d’Arçonnay s’était réfugié dans leur cabane de fortune édifiée à l’aide d’un arrangement de palettes en bois consolidé par des pneus usés. Ils étaient cinq à avoir passé la nuit à cet endroit où s’ouvre l’embranchement routier pour Orléans ou Chartres quand on entre dans la ville d’Alençon. Malgré le petit déjeuner copieux offert par un restaurateur voisin, ils avaient tous du mal à se réchauffer sans doute en raison de cette nuit blanche dont ils avaient perdu l’habitude, car le plus jeune d’entre eux ou plutôt la plus jeune avait dépassé quarante-cinq ans.

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Prix 2022 du Fonds Culturel de l’Ermitage

Un Tournant décisif

Le Fonds culturel de l’Ermitage présidé par Martine Boulart et parrainé depuis sa création en 2014 par le Ministère de la Culture, en partenariat avec la mairie de Garches vient de décerner au peintre Ukrainien Misha Sydorenko, pour son exposition Les chants des Vallons, son neuvième prix Art et Nature le 24 octobre 2022 au Sénat avec le soutien du Questeur Jean-Pierre Sueur, de la maire de Garches, Jeanne Becart, en présence des sénateurs Denis Badré et Patrick Kanner, de l’Ambassadeur d’Ukraine Vadym Omelchenko, de Laurent Roturier, directeur de la DRAC Ile de France et de la conseillère régionale d’île de France Anne-Louise Mesadieu. Il vient désormais se joindre aux huit autres lauréats récompensés pour leur œuvre in situ tout au long de l’histoire du Fonds culturel : Claude Mollard, Kimiko Yoshida, Nicolas Lefebvre, Esther Ségal, Dongni Hou, Valérie Honnart, David Daoud, Jérôme Delépine. Texte intégral

Józef Czapski – l’art s’apprend à Paris

Par Ewa Bobrowska

« On était alors obsédés par une seule idée; aller à Paris. C’est seulement là que nous avons découvert toute l’Ecole de Paris. C’était pour nous la peinture pure ». Józef Czapski Riche d’un lourd bagage dû à la participation à la Grande Guerre et la Guerre polono-soviétique de 1920, qui lui a valu la croix de l’ordre de Virtuti Militari, le jeune Józef Czapski entreprend une seconde tentative d’étude de la peinture, après un premier essai décevant à Varsovie. En 1921, il commence ses études à l’Académie des beaux-arts de Cracovie. La vie artistique de cette ville universitaire et ancienne capitale de la Pologne est particulièrement riche et diversifiée dans les années suivant la reconquête de l’indépendance. C’est là où évoluent les formistes, les futuristes, et les traditionalistes. Texte intégral